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Parce chaque jour est une chose rare...

  • Tous Les jours la grande chose...

    logo-flash.PNGOn s’est toutes (et certains ?) émues devant ces corps de femmes livrés aux regards des chalands, pour vendre lingerie et parfums, mais aussi voitures ou services divers. Nos regards d’adultes ont été attirés, choqués, amusés, énervés...Censurant le censeur qui est en nous, on s’est interdit de penser à ce que les enfants en pensent de ces corps exposés, dévoilés, de ces images de l’intime placardées sur les murs de nos villes. Et pourtant... Pourtant quand Thierry Lenain a écrit cette nouvelle aventure de Mademoiselle Zazie, l’évidence était là, aussi visible que des seins sur des affiches format abribus : cette nudité-là interroge les enfants. Et Mademoiselle Zazie, qui n’est pas en retard d’une question, se demande à quoi peut bien servir toute cette chair étalée. Mais il lui suffit de voir Max, son amoureux, bécoter les nénés d’une des belles de papier, pour décider que les respecter c’est les rhabiller. La voilà donc qui, aidée de quelques copines et bientôt rejointe par Max et ses amis, colle des vêtements de papier sur ces poupées grandeur nature.
    Max et Zazie se réconcilient et on se prend à rêver de les imiter...

    logo-221.PNG« Un livre engagé... et espiègle ! » dit la quatrième de couverture, et c’est bien les deux qualificatifs qui viennent à l’esprit à la lecture de ce drôle d’album, qui aborde avec humour et sensibilité un sujet plus brûlant qu’il n’y paraît. Et tellementbrûlant que Thierry Lenain a longtemps désespéré de trouver un éditeur pour cette troisième aventure de Mademoiselle Zazie. Ce sont finalement les éditions Où sont les enfants ? qui lui ont proposé de mettre en images (et en photos, puisque c’est la caractéristique de leur travail) son texte. Et c’est là une autre originalité de l’album. On s’était habitué à la Zazie à la bouille toute ronde de Delphine Durand, pourtant cette Zazie captée par l’objectif de Magali Schmitzler est crédible et ce choix de la photo, tout aussi évident que celui du sujet. Sorte de mise en abîme (les photos des « femmes nues » sont d’ailleurs visibles, comme elles le sont pour les enfants du livre), cette forme « d’illustration » est plus qu’un choix d’esthétique, c’est un choix de sens.
    Petite critique littéraire enfantine

     
    La rentrée littéraire enfantine est magnifique. Les albums pour les enfants sont nombreux ; malgré certaines modes, les styles d’histoires et d’illustrations sont extrêmement variés. Il est intéressant de quitter les rayons les plus grand public pour explorer les créations originales des éditeurs, qu’ils soient indépendants ou aient pignon sur rue. Cette rentrée voit sortir Amour à gogo, un nouvel album des Editions Où sont les enfants ? Le concept de cette petite maison d’édition est d’illustrer des textes par des photographies.

    Cela avait été déjà fait, au début des années 1980 : Bim, le petit âne, Crin Blanc. Ce choix met l’enfant face à un monde étrangement réel... On a l’impression brutale d’être éclaboussé par la fraîcheur de l’enfance quand on plonge dans ces livres.

    Critique littéraire

    L’histoire raconte la douleur d’un enfant qui voit sa maman se séparer de son compagnon ; et les joies offertes par les grands-parents qui font de leur mieux pour consoler leur petit-fils et leur fille. Un texte simple et direct, qui use de métaphores fines pour décrire la souffrance et le bonheur affectifs. Et pour expliquer les larmes qui montent tout d’un coup, en voyant deux pauvres escargots écrasés : « Personne n’aime voir ce qui s’est cassé en mille morceaux. »


    Critique photographique

    L’étrangeté des photos de Amour à gogo, c’est que leur cadrage leur donne deux centres : là où se passe l’action, et un autre centre, une feuille, un vide, un bourgeon, qui, comme une question, empêche de se faire une idée trop facile de l’image. Elles sont assez belles, sans être esthétisantes ; toujours vivantes. On sent parfois la retouche...

    L’image la plus puissante, c’est celle du visage de la maman, qui s’épanouit enfin quand elle reçoit de la pluie et éclate de rire. Les visages sont vrais : l’enfant et les adultes n’ont manifestement pas été choisis pour correspondre à la mode, mais parce qu’ils étaient expressifs, et contenaient leur beauté propre, faite de vie et de choix intérieurs.

    Critique typographique

    Comme dans les autres livres de cet éditeur, les photos prennent toute la page, et le texte est « posé » sur la photo. Ne vaudrait-il pas mieux réduire les photos et laisser un encadré pour le texte ? La lecture en serait facilitée.

    Critique éditoriale

    Amour à gogo est le cinquième livre des Editions Où sont les enfants, dont le credo est : « Les enfants regardent le monde. Donnons-leur des livres qui ne baissent pas les yeux. » Les livres, effectivement, ne baissent pas les yeux : pas de guimauve ; pas de facilités pour contourner les questions des enfants.

    • Il paraît que le comité de lecture de Où sont les enfants ? est composé d’enfants.
    • Alors émergent des questions, face à cette démarche radicale.
    • Un enfant peut-il être un styliste, un éditeur ?
    • Les livres pour les enfants doivent-ils se tordre pour leur plaire ? Ne devraient-ils pas amener les enfants quelque part où ils n’auraient pas eux-mêmes l’idée d’aller ?
    • Un comité de lecture enfantin peut-il être réellement libre ?
    • La question est ouverte. Elle interroge, au-delà de la littérature enfantine, notre rapport à l’enfance, à la culture, à l’éducation, à la liberté.


    Sur leur blog, les Editions Où sont les enfants ? expliquent qu’elles créent des livres intenses pour « pour indiquer [à l’enfant] qu’il y a encore des aventures à mener, des émerveillements à éprouver et des révoltes à vivre jusqu’au bout de l’enfance ». Mais au bout de quelle enfance ? Celle des enfants ? Où celle qu’on regrette, qu’on idéalise et qu’on réinvente ? Eternel paradoxe des adultes qui abordent le monde mystérieux, désormais inaccessible, de l’enfance.

    Il n’est pas nécessaire d’avoir des enfants pour s’intéresser à leurs livres. Les livres pour enfants, en initiant à la lecture, au rêve, à la pensée, à la société, construisent la vision des adultes de demain. Il est étrange que nous les lisions si peu. Où sont les adultes ?

    A méditer..

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